Théorie de la microkinésithérapie

Théorie de la microkinésithérapie

Hortensia bleue

Il n’y a pas de principes fondateurs officiels, énoncés comme par exemple en ostéopathie.
On peut cependant lister des piliers sur lesquels repose la méthode de la microkinésithérapie.

Bases préexistantes

Il s’agit de ce sur quoi les postulats propres à la microkinésithérapie vont s’appuyer. Ce sont les théories que les fondateurs ont étudié, et dont ils se servent comme base pour leur propre construction théorique, afin d’expliquer leur méthode.

Embryologie

Il s’agit de la discipline scientifique étudiant, entre autre, la formation d’un organisme à partir d’un embryon. La microkinésithérapie s’intéresse surtout à l’embryogenèse, et au fait qu’il existe 3 feuillets embryonnaires qui produisent l’ensemble des composants de notre corps :

  • L’ectoderme est à l’origine du système nerveux et de l’épiderme de la peau
  • L’endoderme produit les muqueuses des systèmes digestif, respiratoire et urogénital ainsi que les glandes associées
  • Le mésoderme (aussi appelé mésoblaste) produit les muscles, le squelette, les vaisseaux sanguins…

Ces feuillets sont souvent appelés aussi « tissus », mais les tissus présents dans notre corps sont en fait des dérivés de ces feuillets :

  • Le tissu nerveux contient notamment des neurones, et s’organise en un système : le système nerveux, qui comprend cerveau, moelle épinière, nerfs, et tout ce qui est lié à nos différents récepteurs sensoriels. Il dérive de l’ectoderme.
  • Le tissu musculaire est formé de cellules contractiles et permet le mouvement. Il dérive du mésoderme.
  • Le tissu conjonctif dont les cellules sont disjointes, séparées par des matériaux extracellulaires, désigne une large gamme de tissus. On trouve dans cet ensemble le sang, le squelette, les couches profondes de la peau, etc. Il a en général un rôle de soutien. Le tissu conjonctif dérive du mésoderme.
  • Le tissu épithélial est un ensemble de cellules serrées les unes aux autres formant un ensemble avasculaire mais innervé, séparé d’un tissu conjonctif sous-jacent par une structure de soutien appelée lame basale. Ce type de tissu est dit de revêtement lorsqu’il se retrouve sur les surfaces qui jouxtent le milieu externe ou les cavités de l’organisme. Il est appelé glandulaire lorsqu’il est regroupé en structure spécialisée dans la production de sécrétion ou d’hormone. Le tissu épithélial dérive essentiellement de l’endoderme et de l’ectoderme, et dans une faible part du mésoderme.

Il existe en fait plus d’une centaine de tissus, mais tous sont regroupés dans ces quatre grandes catégories. Plus on étudie ce domaine, et plus on se rend compte que c’est loin d’être simple, et qu’on ne peut pas vraiment établir une relation « un à un » entre les tissus biologiques présents dans notre corps, et les feuillets embryonnaires primordiaux.

L’étude des tissues biologiques est appelée histologie.
Pour une explication un peu plus détaillée avec des schémas, je vous renvoie sur mon article « tissu, feuillet, fascia, aponévrose… on fait le tri« .

L’embryogenèse et ses 3 feuillets primordiaux semble être la base la plus mise en avant. En tout cas, c’est de loin sur ça que Grosjean passe le plus de temps lors de sa présentation visible sur YouTube.

Phylogénie (ou phylogenèse)

Il s’agit de l’étude des liens de parenté génétiques entre tous les êtres vivants. Elle tente de reconstituer l’histoire de l’évolution des organismes vivants. Il s’agit d’une discipline qui évolue pas mal, avec la dernière découverte majeure (qui bouleversa le paysage des théories acceptables), celle des boites homéotiques, datant de 1984. Si vous n’avez encore jamais vu un arbre phylogénétique, essayez de jeter un œil, ça vaut le coup.

Théorie de la récapitulation

La récapitulation est une théorie en biologie de l’évolution du développement développée par Ernst Haeckel (1834 – 1919) qui veut que le développement (à partir de l’embryon) d’un organisme passe par des stades représentant les espèces ancestrales de celui-ci.

Il s’agit d’une théorie de l’ontogenèse : une discipline qui se différencie de la phylogenèse, avec un sujet d’étude différent :

  • Ontogenèse : étude de l’histoire du développement d’un individu (de sa conception à sa maturité)
  • Phylogenèse : étude de l’histoire de l’évolution des espèces (depuis l’apparition du vivant)

Ostéopathie

L’ostéopathie est une thérapie manuelle non conventionnelle fondée aux Etats-Unis en 1874 par un médecin pasteur, Andrew Taylor Still, qui postule notamment de l’existence d’un rythme vital. La microkinésithérapie semble cependant se baser plus spécifiquement sur l’ostéopathie cranio-sacrée, une branche de l’ostéopathie développée par William Garner Sutherland, un élève de Still, au début du 20ème siècle, qui va un peu plus loin, en postulant l’existence d’un MRP (Mouvement Respiratoire Primaire), initié par les os du crâne, qui peut être ressenti par l’ostéopathe.

Le Mouvement Respiratoire Primaire (MRP) est un micro-mouvement rythmique, synchrone, qui anime tous les tissus de l’organisme. Le MRP est perceptible par une main exercée comme un mouvement, pour autant peut-être serait-il plus avisé de le présenter comme un dynamisme, un flux (…) Dans l’état de santé toutes les régions du corps, tous les tissus, ont un mouvement synchrone, ils sont en inspir ensemble puis en expir ensemble etc. Animer signifie « donner la vie » et percevoir le MRP donne l’impression de toucher la Vie, le souffle vital. Le concept est assurément très proche de celui de Vitalité des homéopathes.

https://snepp.fr/le-mouvement-respiratoire-primaire/

On retrouve un discours très similaire chez Grosjean.

j’ai eu l’impression qu’entre mes mains je sentais la vie, la véritable vie, la vitalité de la personne, quelque chose qui fait accéder ou communiquer à quelque chose de très profond, de très fondamental. On a l’impression d’être en contact avec le mystère de la vie, de la Vie avec un grand V, de la vie en train de se manifester, dans une matière, pour la rendre vivante.

Page 7 de « La microkinésithérapie, réflexion sur ses moyens d’action », D. Grosjean, C.F.M., 2000. 35 p. (livre)

Principe de similitude de l’homéopathie

L’homéopathie est une médecine non conventionnelle inventée par Samuel Hahnemann en 1796. Elle vise à « aider à activer les forces d’auto guérison du corps et à rééquilibrer la force vitale ». On retrouvera cette idée d’activation d’une auto guérison dans la microkinésithérapie.

Un de ces principes fondamentaux, appelé « loi de similitude », est le suivant :

Une substance administrée à une personne saine produit l’effet inverse si on la donne, en quantité infinitésimale, à une personne malade.
Exemple : le café est un excitant. Eh bien, si vous vous plaignez de nervosité ou d’insomnie, vous pourrez prendre des granules homéopathiques de « Coffea » afin de retrouver votre quiétude.

Théories et principes propres à la microkinésithérapie

Il s’agit des théories développées par Grosjean et Benini afin d’expliquer leur méthode.

Rythmes vitaux des tissus

En combinant le « mouvement respiratoire primaire » de l’ostéopathie avec les tissus primaires de l’embryogenèse, les fondateurs déclarent l’existence d’un rythme vital propre à chaque tissu, qu’ils peuvent ressentir avec :

  • endoderme : perçu à 1 battement toutes les 30 secondes
  • ectoderme : perçu à 1 battement toutes les 15 secondes
  • mésoderme : perçu à 1 battement toutes les 3 secondes
Rythmes vitaux, en microkinésithérapie.

Grosjean indique que le rythme des tissus issu du mésoblaste (musculaire et nerveux) correspond au MRP (mouvement respiratoire primaire) de l’ostéopathie cranio-sacrée (source, page 132).

Etages corporels

Les fondateurs ont élaboré une carte du corps, divisée en 30 étages.

Pour chaque étage correspond un viscère, une zone dermique, une hauteur vertébrale et une chaîne musculaire correspondante.

Cette découpe est issue de l’étude en embryologie des subdivisions consécutives du mésoderme en différentes parties puis organes, ainsi que d’observations palpatoires.

Les étages corporels, en microkinésithérapie.
Zoom sur les étages corporels en microkinésithérapie.
Etages corporels
source

On peut voir que l’étage « gros intestin » se situe au dessus de l’étage « cœur », il ne s’agit donc pas d’une simple découpe anatomique.

Grosjean indique que c’est « proche de l’acuponcture ».

Zones épidermiques

Alors qu’ils observaient un muscle en « hyper tonicité », en contraction permanente, les fondateurs se sont dit que cela ne servait à rien de corriger le muscle, et se sont intéressés au système nerveux. Ils ont fait toute une lecture de l’épiderme, avant de constater que l’être humain est construit par étapes. (source)

Ce constat correspond à la loi de récapitulation en ontogenèse. Grosjean et Benini en déduisent que nous conservons en nous les modes de fonctionnement des organismes nous précédant dans l’évolution.

Ils retrouvent un ordre d’apparition dans la phylogenèse, et en particulier, pour le cerveau l’évolution phylogénique du cortex. En expérimentant, et en étudiant l’embryologie pour connaitre l’origine des zones épidermiques dans le développement de l’embryon, ils ont élaboré une carte.

Une carte du corps, avec des zones épidermiques représentant des « stades d’évolution », des « niveaux phylogénétiques ». Une projection sur notre peau des différents étapes évolutives sur lesquelles nous nous sommes développé, et que nous avons conservé. De bas en haut nous avons :

  • Néocortex, le plus récent, sur les fesses (« donc toutes les lésions du néocortex vont apparaitre ici, dans les fesses, chocs émotionnels etc… » — Grosjean)
  • Paléocortex, au niveau du ventre
  • Archicortex, au niveau du thorax, centre sympathique, système des vertébrés (Grosjean parle d' »archéo-cortex », et c’est aussi ainsi qu’il écrit sur ses diapos, mais je n’ai rien trouvé sur ça dans mes recherches, donc j’ai supposé qu’il parlait de l’archicortex)
  • Au dessus, le centre parasympathique, système des invertébrés
  • Au dessus, premières ébauche du système nerveux
Zones épidermiques en microkinésithérapie.

Lors de sa présentation, Grosjean donne quelques exemples d’utilisation :
Pour trouver une lésion due à un choc émotionnel : un main sur la fesse, car on est sur un truc de vertébré intelligent.
Pour trouver une lésion due à un choc environnemental naturel comme un coup de soleil : une main sur la poitrine, car on est sur un truc que même une limace peu ressentir.

Mémoire corporelle

Basés sur leur ressenti, les fondateurs postulent que le corps a une mémoire, qui stocke, dans les tissus (voire dans certains muscles ou organes), tous les évènements, en particulier traumatiques, de la vie d’une personne.
D’après Grosjean, cette mémoire n’est « ni matérielle, ni énergétique ». C’est de « l’information », « tout à fait observable palpatoirement ». Sa nature est plutôt « holographique », « virtuelle ». (source)
A force d’expérimentation sur leur patients, les fondateurs ont élaboré une autre carte du corps, localisant les mémoires corporelles par type d’agression.

  • Tout choc traumatique (coups, chocs, chutes) va laisser une trace sur la surface de la fesse
  • Si c’est une agression toxique : sur le tronc
  • Si c’est infectieux : dans le coup
  • Si c’est obstructif (qui empêche les éléments vitaux de circuler) : membres inférieurs
  • Si c’est vibratoire (électromagnétique…) : dans les membres supérieurs (bras)
  • puis les zones qui dépassent : tête, paumes, plantes… sont du corps primitif , d’avant les vertébrés, et auront par exemple les agressions climatiques, les mauvaises entorses, toutes les infections transmises par des invertébrés, des insectes, comme la peste, la puce du rat, la malaria, avec le moustique, et très curieusement, la tuberculose.
Travail en surface, en microkinésithérapie.

Ré-information et auto guérison

Il serait possible de réinformer le corps d’un traumatisme qu’il aurait subit, en lui faisant revivre, en moins intense (même idée que le principe de similitude en homéopathie) par le biais des mains du praticien.

En réponse, le corps déclencherait alors son auto guérison. C’est un point très important sur lequel les microkinésithérapeutes insistent beaucoup : ils ne soignent pas directement, ils essaient de déclencher les mécanismes auto réparateurs du corps du patient, et au final, c’est le corps qui se soigne lui même.

Micropalpation

Le plus important, la clé de voute de la pratique. Il s’agit du seul geste, du seul outil visible du microkinésithérapeute.

Le praticien peut sentir la vitalité des tissus, et même lire la mémoire stockée dans certains d’entre eux, simplement en posant ses deux mains à des endroits spécifiques de votre corps. Cela fonctionne même le patient garde ses vêtements.

Dans une présentation, Grosjean explique que le praticien doit effectuer « une poussée » entre ses 2 mains, à partir de son corps, puis écouter la réponse :

  • Si ses mains « peuvent se rapprocher l’une de l’autre », c’est « libre », il n’y pas de problème.
  • Si le praticien sent une résistance qui repousse ses mains, il y a une lésion, qui « va toujours apparaitre comme la disparition de la Vie ».
Etude de l'espace situé entre 2 mains, en microkinésithérapie.

Dans un article de magazine, il ajoute :

C’est ainsi que le système nerveux est contrôlé avec le creux de la paume des mains qui glisse sur l’épiderme alors que pour retrouver une lésion musculaire, la capacité de glissement du derme sur le plan sous-jacent se recherche du bout des doigts.

HEGEL vol.7 n°2 (2017)

Au delà de ça, il semble qu’aucune explication ne soit fourni sur le fonctionnement de cette palpation, donc il s’agit plus d’un ressenti que d’une théorie, mais on peut la lister comme principe fondamental.

Correction homéo causale

Il s’agit d’un principe plus qu’une théorie. Ce principe est extrêmement communiqué, et est l’essentielle motivation à l’origine des recherches de Grosjean ayant menées à la création de la microkinésithérapie. Il s’agit du fait d’agir sur la cause du problème, et non sur ses symptômes.

Correction homéo causale en microkinésithérapie.

Résumé

Voilà donc les théories utilisées pour expliquer la méthode de la microkinésithérapie :

  • Rythmes vitaux des tissus
  • Etages corporels (zones regroupant un thème, un groupe de fonctions du corps) (donne lieu à une carte du corps)
  • Zones épidermiques comme clé de lecture des étiologies (donne lieu à une carte du corps)
  • Mémoire corporelle de l’agression (donne lieu à une carte du corps)
  • Ré-information et auto guérison
  • Micropalpation
  • Correction homéo causale

Qui elle même s’appuient sur des théories préexistantes :

  • Embryogenèse
  • Phylogenèse
  • Loi de la récapitulation (de l’ontogenèse)
  • Ostéopathie, en particulier cranio-sacrée
  • Homéopathie, en particulier le principe de similitude

Sources

Cet article est largement basé sur une interview, et une présentation de la microkinésithérapie par Daniel Grosjean, disponibles sur YouTube, ainsi qu’un article qu’il a publié dans le magazine Hegel en 2017. Puis, d’un long travail de recherche sur internet, pour explorer chaque terme, et chaque théorie mentionnée, plus en détails.

Pour aller plus loin, je pense qu’il faudrait lire les ouvrages publiées par Grosjean et Benini.

Je n’ai pas pu me procurer ces livres. Cependant, j’ai lu un mémoire universitaire d’étudiants en kinésithérapie sur le sujet, qui eux, ont tout lu.

Pour une liste plus complète des sources que j’utilise, voir l’article associé.

Prochaine étape : analyse

J’ai taché d’être le plus neutre possible en présentant les théories utilisées par la microkinésithérapie. Je ne voulais ni les vendre, comme elles le sont sur les sites de micorkiné ou de médecine alternative, ni les discréditer, comme certaines peuvent l’être sur wikipédia ou sites à caractère scientifique.

La prochaine étape sera l’analyse critique de toutes ces informations. En se posant des questions, en poussant plus loin l’investigation, nous allons voir la solidité de chaque théorie, et si le tout tient debout.

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